GEOPOWEB

AU LENDEMAIN DES ÉLECTIONS EUROPÉENNES, QUELLE PLACE DE L’EUROPE DANS LE NOUVEL ORDRE GÉOPOLITIQUE MONDIAL ? Joséphine STARON

LES INSTANCES DE COOPÉRATION STRATÉGIQUE ET DE SÉCURITE EN INDO-PACIFIQUE ET LEURS INTÉRETS POUR L’UE

LA TRANSFORMATION DE LA POSTURE DE DÉFENSE DU JAPON ET LE DÉBAT SUR LA DIMENSION NUCLÉAIRE DE L’ALLIANCE AVEC LES ÉTATS-UNIS. Marianne PÉRON-DOISE

LE DÉVELOPPEMENT DES NOUVEAUX CADRES DE COOPÉRATION DANS LA RÉGION INDO-PACIFIQUE - LES DÉFIS DU MINILATÉRALISME POUR L’UNION EUROPÉENNE ET SES PARTENAIRES. Chloé BAMBERGER

DU DROIT DE LA GUERRE DANS LE CONFLIT ARMÉ RUSSO-UKRAINIEN. David CUMIN

LES YAKUZAS JAPONAIS. UN EXEMPLE LOCAL DE LA CONTIGUÏTE DU CRIME ORGANISÉ, DE LA GÉOPOLITIQUE ET DE LA MONDIALISATION. Gaël MICOUIN

BREXIT, COVID-19, QATARGATE, GUERRE EN UKRAINE - CE QUE LES ACTEURS DE L’UNION EUROPÉENNE FONT DES CRISES

SIX MOIS AVANT LES ELECTIONS EUROPEENNES, L’ALLEMAGNE ET LA FRANCE DOIVENT FORGER LE DISCOURS D’UNE EUROPE PLUS GEOPOLITIQUE. Jeanette Süß

ENTRETIEN EXCLUSIF AVEC EMMANUEL LINCOT sur la Chine et l’Asie centrale. « LE TRÈS GRAND JEU »

ENTRETIEN AVEC HAMIT BOZARSLAN. DE L’ANTI-DÉMOCRATIE À LA GUERRE EN UKRAINE

EN EUROPE COMME À L’INTERNATIONAL, UN PARCOURS SEMÉ D’EMBÛCHES POUR LE DUO FRANCO-ALLEMAND. Marie KRPATA

ENTRETIEN EXCLUSIF - LE MULTILATERALISME AU PRISME DE NATIONS DESUNIES. Julian FERNANDEZ

L’AFRIQUE ET LA CHINE : UNE ASYMÉTRIE SINO-CENTRÉE ? Thierry PAIRAULT

L’INDO-PACIFIQUE : UN CONCEPT FORT DISCUTABLE ! Thierry GARCIN

L’ALLIANCE CHIP4 EST-ELLE NÉE OBSOLÈTE ? Yohan BRIANT

INVESTISSEMENTS DIRECTS A L’ÉTRANGER - D’UNE STRATÉGIE DE FIRMES À UNE STRATÉGIE GÉOPOLITIQUE (2ème partie). Laurent Izard

INVESTISSEMENTS DIRECTS A L’ÉTRANGER - D’UNE STRATÉGIE DE FIRMES À UNE STRATÉGIE GÉOPOLITIQUE. Laurent IZARD

BRETTON WOODS ET LE SOMMET DU MONDE. Jean-Marc Siroën

LES ENJEUX DE SÉCURITE DE L’INDE EN ASIE DU SUD. Olivier DA LAGE

LA CULTURE COMME ENJEU SÉCURITAIRE. Barthélémy COURMONT

QUELLES POSSIBILITÉS D’ÉVOLUTION POUR LES PETITS ETATS EN RELATIONS INTERNATIONALES ? LE CAS DU QATAR. Par Lama FAKIH

LES ENJEUX STRATÉGIQUES DES CÂBLES SOUS-MARINS DE FIBRE OPTIQUE DANS L’ARCTIQUE. Par Michael DELAUNAY

L’ARCTIQUE ET LA GUERRE D’UKRAINE. Par Thierry GARCIN

LA REVANCHE DE LA (GEO)POLITIQUE SUR L’ECONOMIQUE

UKRAINE. CRISE, RETOUR HISTORIQUE ET SOLUTION ACTUELLE : « LA NEUTRALISATION ». Par David CUMIN

VLADIMIR POUTINE : LA FIN D’UN RÈGNE ? Par Galia ACKERMAN

« LA RUSE ET LA FORCE AU CŒUR DES RELATIONS INTERNATIONALES CONTEMPORAINES »

L’INTER-SOCIALITE AU COEUR DES DYNAMIQUES ACTUELLES DES RELATIONS INTERNATIONALES

LES MIRAGES SÉCURITAIRES. Par Bertrand BADIE

LE TERRITOIRE EN MAJESTÉ. Par Thierry GARCIN

UNION EUROPÉENNE : UNE SOLIDARITÉ TOURNÉE VERS UN PROJET DE PUISSANCE ? Par Joséphine STARON

LES TALIBANS DANS LA STRATÉGIE DIPLOMATIQUE DE LA CHINE. Par Yohan BRIANT

🔎 CHINE/ETATS-UNIS/TAÏWAN : LE TRIANGLE INFERNAL. Par P.A. Donnet

LA RIVALITÉ CHINE/ÉTATS-UNIS SE JOUE ÉGALEMENT DANS LE SECTEUR DE LA HIGH TECH. Par Estelle PRIN

🔎 LES « MÉTAUX RARES » N’EXISTENT PAS... Par Didier JULIENNE

🔎 L’ARCTIQUE DANS LE SYSTÈME INTERNATIONAL. Par Thierry GARCIN

LES PARAMÈTRES DE LA STRATÉGIE DE DÉFENSE DE L’IRAN. Par Tewfik HAMEL

🔎 LES NOUVELLES GUERRES SYSTEMIQUES NON MILITAIRES. Par Raphaël CHAUVANCY

L’INTERNATIONALISME MÉDICAL CUBAIN AU-DELÀ DE L’ACTION HUMANITAIRE. Par G. B. KAMGUEM

LE SECTEUR BANCAIRE, AU CŒUR DU MODELE ECONOMIQUE CHINOIS, SEVEREMENT REPRIS EN MAIN. Par Jean François DUFOUR

UNE EUROPE TRIPLEMENT ORPHELINE

LA DETTE CHINOISE DE DJIBOUTI. Par THIERRY PAIRAULT

U.E - LES DOSSIERS : GAIA-X, 5 G, FONDS EUROPEEN DE DEFENSE, DEEP TECH, CONTROLE DES INVESTISSEMENTS SENSIBLES, POLITIQUES DE SOUVERAINETE...

CONSEIL DE SECURITE - L’AFRIQUE EST-ELLE PRÊTE POUR PLUS DE RESPONSABILITÉ ?

BERTRAND BADIE : « LE MULTILATERALISME EST BLOQUE PAR LES ETATS ET LE NEO-NATIONALISME MAIS FONCTIONNELLEMENT INEVITABLE… »

COMMENT LA CHINE SE PREPARE POUR FAIRE FACE AU DEUXIEME CHOC ECONOMIQUE POST-COVID. Par J.F. DUFOUR

GUERRE ECONOMIQUE. ELEMENTS DE PRISE DE CONSCIENCE D’UNE PENSEE AUTONOME. Par Christian HARBULOT

LA CRISE DU COVID-19, UN REVELATEUR DE LA NATURE PROFONDE DE L’UNION EUROPEENNE. Par Michel FAUQUIER

(1) GEOPOLITIQUE D’INTERNET et du WEB. GUERRE et PAIX dans le VILLAGE PLANETAIRE. Par Laurent GAYARD

(2) GEOPOLITIQUE D’INTERNET et du WEB. Souveraineté numérique, enjeu géopolitique, Internet sécessionniste. Par L. GAYARD

La GEOPOLITIQUE DES POSSIBLES. Le probable sera-t-il l’après 2008 ?

« Une QUADRATURE STRATEGIQUE » au secours des souverainetés nationales

L’Europe commence à réagir à l’EXTRATERRITORIALITE du droit américain. Enfin ! Par Stephane LAUER

LA DEFENSE FRANCAISE, HERITAGE ET PERPECTIVE EUROPEENNE. Intervention du Général J. PELLISTRANDI

PARADIS FISCAUX. « Il faut changer la façon dont on impose les profits des sociétés multinationales ». G. Zucman

L’EUROPE FACE AUX DEFIS DE LA MONDIALISATION (Conférence B. Badie)

De la COMPETITION ECONOMIQUE à la GUERRE FROIDE TECHNOLOGIQUE

Le traité d’Aix-la-Chapelle

ACTUALITES SUR L’OR NOIR. Par Francis PERRIN

TRUMP REINVENTE LA SOUVERAINETE LIMITEE. Par Pascal Boniface

Une mondialisation d’Etats-Nations en tension

LES THEORIES DES RELATIONS INTERNATIONALES AUJOURD’HUI. Par D. Battistella

Guillaume Duval et Henrik Uterwedde, « Traité de l’Elysée 2.0 : Les clés d’une nouvelle étape de l’intégration européenne ? » (6 février 2018)

MONDIALISATION HEUREUSE, FROIDE et JEU DE MASQUES...

RESISTANCE DES ETATS, TRANSLATION DE LA PUISSANCE

Libéraux contre libéraux

Ami - Ennemi : Une dialectique franco-allemande ?

PUISSANCES MOYENNES d’hier et d’aujourd’hui entre impuissance et émergence (B. Badie, professeur des Universités, Sc Po Paris)

DE LA DIT A LA DIPP : LA FRAGMENTATION DE LA...

Conférence de Pierre-Emmanuel Thomann : La rivalité géopolitique franco-allemande (24 janvier 2017)

Conférence d’Henrik Uterwedde : Une monnaie, deux visions (20 janvier 2016)

Conférence de Bertrand Badie : Les fractures moyen-orientales (10 mars 2016)

Conférence de Bertrand Badie - L’énigme des émergents : la Chine rivale ou interdépendante des Etats-Unis ? (21 février 2013)

TRIBUNE - FACE À UNE CHINE BÉLLIQUEUSE, LE JAPON JOUE LA CARTE DU RÉARMEMENT. Pierre-Antoine DONNET

A lire également : recension de l’ouvrage : « Japon, l’envol vers la modernité »

mercredi 22 mai 2024 Pierre-Antoine DONNET

Pierre-Antoine Donnet (1) décrypte dans cette tribune les facettes d’un changement historique majeur qui bouleverse, suite à une inquiétante montée des périls, la position historique traditionnelle du Japon. Forces en présence, narratif des uns et des autres, dégel des relations avec la Corée du Sud, position de la société, scenarii… L’on sait que la Chine revendique une « souveraineté indiscutable » sur quelque 90 % des 4 millions de km² de la mer de Chine méridionale (réserves halieutiques et en hydrocarbures), une zone dans laquelle transite chaque année quelque 40 % du commerce mondial. Une mise en abîme qui concerne nombre de pays contestant les revendications chinoises : Philippines, Taïwan, Indonésie, Brunei, Malaisie, Vietnam

(1) L’auteur vient de publier « Japon, l’envol vers la modernité ». Editions de l’Aube. Mars 2024. On pourra en lire une recension très bientôt sur Geopoweb.

TRIBUNE - FACE À UNE CHINE BÉLLIQUEUSE, LE JAPON JOUE LA CARTE DU RÉARMEMENT

Depuis 2023, le Japon a amorcé un programme de réarmement inédit, conscient qu’il est de la menace que fait peser sur la région une Chine plus que jamais belliqueuse car celle-ci, sous la houlette de son président Xi Jinping aux tendances mégalomaniaques, multiplie les opérations d’intimidations contre Taïwan et ses voisins. Jamais depuis sa reddition en 1945 le Japon n’avait osé reprendre ce chemin, sa population, encore traumatisée par les exactions commises dans la région par l’armée impériale nippone, restant très attachée aux valeurs pacifiques.

Mais la situation d’extrêmes tensions en Asie de l’Est suscite un changement profond des mentalités au Japon. Tokyo prend conscience de la menace croissante que représente son grand voisin chinois. Car un siècle après la naissance du militarisme au Japon qui a conduit ce pays à la guerre et des souffrances indicibles en Asie, la Chine emprunte à son tour la voie de l’expansionnisme militaire dans la région qui prend une tournure plus menaçante d’année en année. Cette Chine turbulente fait peur. Elle donne aujourd’hui le spectacle d’un pays conquérant qui ne fait plus guère mystère de sa volonté de devenir la superpuissance incontestée en Asie. Peut-être même du monde entier. L’Armée populaire de libération (APL), la deuxième du monde, se modernise à grands pas, appuyée par un budget de la défense en hausse spectaculaire depuis une dizaine d’années.

La conséquence de ce phénomène est une évolution profonde d’un Japon de l’après-guerre qui était jusque-là pacifiste et profondément attaché à sa constitution adoptée en 1948. Celle-ci, rédigée sous la dictée des Américains, lui interdit de prendre part à un conflit armé à l’extérieur de ses frontières. Mais le gouvernement japonais parle déjà de l’amender. Ce pacifisme n’est en effet plus de mise au niveau gouvernemental, ni non plus d’ailleurs dans l’opinion publique japonaise. Le premier à parler haut et fort sur ce sujet avait été l’ancien Premier ministre Shinzo Abe, assassiné en 2022 par un illuminé ancien membre des forces armées. Shinzo Abe avait été clair sur ce sujet : si le Japon ne réarme pas rapidement, il sera à terme la victime de l’expansionnisme chinois car il se retrouvera incapable de se défendre efficacement pour contrer les visées régionales de Pékin.

Au début, ses propos avaient suscité un concert de critiques dans son pays. Les plus vocaux avaient été ceux qui avaient eux-mêmes souffert du militarisme japonais jusqu’à la fin de la guerre et pour qui le risque était de voir leur pays commettre les mêmes erreurs du passé.
Aujourd’hui, l’opinion a bel et bien changé. Une bonne partie des Japonais comprennent les enjeux géopolitiques et se rangent aujourd’hui majoritairement à l’idée de la nécessité pour leur pays de se doter d’une force militaire en mesure de faire front face à la Chine. L’épisode le plus significatif a été l’annonce le 16 décembre 2022 de la décision du gouvernement japonais de réarmer massivement et, de ce fait, de tourner le dos à cette politique pacifique observée depuis 1945. Un virage à 180 degrés qui, désormais, place le Japon en première ligne face à la Chine, aux côtés de son allié américain, depuis longtemps le principal adversaire du régime communiste à Pékin.

Le Premier ministre Fumio Kishida a donc annoncé un programme militaire de 320 milliards de dollars pour, notamment, financer l’achat de missiles de moyenne portée capables de frapper le territoire chinois. Le budget doit doubler : il grimpera d’ici 2027 à 2 % du PIB du pays, un niveau jamais atteint depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Conséquence : cette décision fera bientôt du Japon le troisième pays du monde en matière de dépenses militaires derrière les Etats-Unis et la Chine. Le chef du gouvernement japonais avait justifié ces décisions en déclarant que le pays et son peuple se trouvaient à « un tournant historique de leur histoire ».

Ce programme, avait-il précisé, « est ma réponse aux divers défis sécuritaires auxquels nous faisons face. […] L’environnement sécuritaire autour du Japon change rapidement. Je vais résolument remplir ma mission de Premier ministre qui est de protéger et de défendre la nation et son peuple ». Le gouvernement nippon, avait poursuivi Fumio Kishida, a procédé à une simulation pour déterminer si les capacités de défense de l’archipel étaient suffisantes pour assurer sa sécurité. « Mon avis est que les capacités actuelles ne sont pas suffisantes », avait-il expliqué.
Le Japon, selon lui, doit impérativement renforcer ses capacités dans des domaines clés tels que ses capacités de riposter à une attaque. L’accent doit également être mis sur la défense dans le cyberespace où « la frontière entre l’urgence et la paix deviennent floues ».

Au sein de son gouvernement, beaucoup d’experts de la choses militaires avaient alors pris le relais pour expliquer à la population japonaise les nouveaux enjeux de l’Asie de l’Est. « L’Ukraine nous a montré la nécessité d’avoir la capacité de conduire un combat et le Japon est loin d’y être préparé », avait observé Toshimichi Nagaiwa, un général à la retraite. « Le Japon prend son départ en retard. C’est comme s’il était 200 mètres en arrière dans un course de 400 mètres […] Voilà qui ouvre un nouveau chemin pour Le Japon. Si [ce programme] est exécuté convenablement les forces d’auto-défense deviendront une force réelle, de classe mondiale et efficace », soulignait Yoji Koda, un ancien amiral commandant de la marine japonaise, abondamment cité dans une partie de la presse japonaise.

Sans surprise, le grand allié américain s’était félicité de cette décision car c’était là une bonne nouvelle pour les Etats-Unis dont les stratèges ont compris depuis longtemps l’ampleur de la menace militaire chinoise. Dans une déclaration officielle, le 23 décembre de la même année, le secrétaire d’État Anthony Blinken indiquait que le Japon représentait désormais « notre partenaire indispensable pour faire face aux défis les plus urgents à la stabilité globale. Les nouveaux documents japonais redéfinissent la capacité de notre Alliance à promouvoir la paix et un ordre basé sur des règles dans la région Indopacifique ainsi que dans le reste du monde ».

Également sans surprise, le gouvernement chinois n’avait pas tardé à exprimer sa colère, accusant le Japon « d’agressivité » et de « provocations ». La présidente de Taïwan de l’époque, Tsai Ing-wen, s’était bien entendu elle aussi réjouit de la décision japonaise. Profitant d’une rencontre à Taipei avec le président de l’Association des échanges Japon-Taïwan, Mitsuo Ohashi, elle formulait l’espoir que les deux pays « continueront à créer de nouveaux succès dans leur coopération dans différents domaines tels que la défense nationale et la sécurité, l’économie, le commerce et la transformation industrielle ».

Ce programme est en réalité lourd de conséquences sur le théâtre de l’Asie de l’Est car il s’ajoute à un effort de modernisation de l’armée japonaise discrètement entrepris dès la fin des années quatre-vingt-dix. Depuis, le Japon s’est doté sans tambour ni trompette d’une flotte militaire très sophistiquée, sans doute la meilleure sur le plan technologique dans la région, surpassant même celle de la République Populaire de Chine dont les bâtiments sont certes beaucoup plus nombreux mais d’un niveau technologique inférieur. Tokyo dispose aussi d’une armée de l’air non moins performante avec en particulier des chasseurs furtifs de fabrication américaine F-35 Raptor qui joueraient un rôle déterminant en cas d’agression chinoise contre Taïwan.

Dans un rapport publié en 2023, le National Security Strategy (NSS), organe chargé de définir les grandes orientations du Japon en matière militaire, économique et technologique, affirme que le Japon se trouve actuellement « dans un environnement sécuritaire le plus critique depuis la fin de la guerre », confronté qu’il est à une Corée du Nord belliqueuse et à la Chine dont les activités militaires se sont considérablement renforcées ces dernières années. Le Japon « va se préparer à jeter les bases pour le pire des scénarios », ajoute ce rapport. Tandis que le centre de gravité du monde « se déplace vers l’Asie-Pacifique […] certains pays » tentent de renforcer leur influence et leurs manœuvres de coercition sur d’autres États, ajoute ce rapport sans citer expressément ces pays mais dans une allusion transparente à la Chine ainsi qu’à la Corée du Nord.

Ce nouveau programme militaire est « à la fois de nature à transformer le Japon en se concentrant sur ses capacités de contre-attaque et sur le renforcement de sa défense et aussi en ligne avec l’engagement du Japon profondément enraciné et renouvelé d’être une nation pacifique », estime Stephen Nagy dans un article publié par le Geopolitical Monitor, une publication basée à Toronto spécialisée sur les grands faits de renseignements internationaux. Les dispositions annoncées « mettent en lumière le fait que le Japon observe des avancées depuis des décennies [dans le domaine militaire] tout en maintenant sa politique fondamentale d’une défense exclusivement orientée sur la nation » puisque Tokyo prend soin de ne représenter aucune menace pour un autre pays et reste déterminé à ne pas devenir une puissance nucléaire, ajoute cet expert de géostratégie.

Selon des sources militaires japonaises citées par l’agence Reuters, parmi les faiblesses endémiques des forces armées japonaises figure un manque patent de munitions ainsi que des pièces de rechange pour ses avions tandis que leur préparation au combat est notoirement insuffisante face à l’armada chinoise aux portes du Japon. Également prévu par le programme militaire annoncé, l’achat en quantités de missiles de croisière américains Tomahawk, des missiles d’interception pour la mise en place d’un système de défense anti-missiles balistiques ennemis, des drones de reconnaissance, des équipements pour les satellites militaires, des F-35, des hélicoptères de combat, des sous-marins, des navires militaires et des avions de transport de troupes.

Officiellement, il n’est pas question pour Tokyo de frappes préventives. Par ailleurs, ces moyens de contre-attaque ne seront utilisés que dans trois cas : si une attaque contre le Japon ou un pays étranger entretenant des liens étroits avec Tokyo menace la survie du pays, s’il n’existe aucun autre moyen approprié d’éliminer la menace et si l’usage de la force est considéré comme nécessaire. Jamais depuis 1945 le budget de la défense du Japon n’avait dépassé 1 % du PIB, une limite que les gouvernements successifs s’étaient engagés à ne jamais franchir. Ceci donc jusqu’à ce que Shinzo Abe, devenu Premier ministre, déclare explicitement et publiquement qu’une invasion de Taïwan par la Chine représenterait « une menace directe pour les intérêts vitaux » du Japon.

Pour autant, il se serait faux d’y voir le désir du Japon de reprendre les rênes de l’Asie orientale comme il en a rêvé dans les années trente et quarante. Ce serait là méconnaître le Japon contemporain qui, s’il souhaite retrouver sa place dans le concert des nations et en particulier en Asie de l’Est, sait bien qu’il devra néanmoins prouver à ses voisins qu’il n’a nulle intention d’y exercer un réel leadership d’ordre militaire ou politique. Je suis d’avis que seuls quelques gérontes japonais toujours influents entretiennent encore ce rêve grandiloquent de domination.
Pour mémoire, le budget militaire de la Chine, en constante augmentation (+ 130 % au cours de la décennie écoulée), est actuellement cinq fois celui du Japon et douze fois celui de Taïwan. En 2024, Pékin prévoit de dépenser 1 665,5 milliards de yuans (231,4 milliards de dollars) pour sa défense, un montant certes trois fois moindre que le budget des Etats-Unis.

Les dépenses militaires de la Chine augmentent depuis plusieurs décennies, globalement à un rythme semblable à sa croissance économique. Mais cette tendance est observée avec suspicion par les États-Unis, l’Australie, l’Inde ou encore les Philippines. Elle suscite également des craintes croissantes à Taïwan, île de 23 millions d’habitants revendiquée par la Chine. Xi Jinping répète régulièrement son intention de « réunifier » par la force si nécessaire ce territoire insulaire grand comme la Belgique avec le reste du pays. L’Institut International de Recherche sur la Paix de Stockholm (Sipri), référence en la matière, explique dans son dernier rapport publié en avril 2024 que la totalité des dépenses militaires mondiales ont atteint 2 443 milliards de dollars en 2023, soit une hausse de 6,8% comparé à 2022, la neuvième hausse consécutive due essentiellement aux tensions géopolitiques croissantes avec la guerre en Ukraine et les menaces de conflits en particulier en Asie de l’Est. Le budget militaire prévisionnel du Japon pour 2024 devrait atteindre 52 milliards de dollars, une hausse de 47 % comparée à celui de 2022.

Figurent aux premiers rangs les Etats-Unis, la Chine et la Russie. Les dépenses russes sont en hausse de 24% à un montant estimé de 109 milliards de dollars, une hausse de 57% comparé à 2014, l’année où la Russie a annexé la Crimée. Les dépenses des Etats-Unis ont augmenté de 2,3% pour atteindre 916 milliards de dollars. Celles de la Chine ont dans le même temps atteint un volume estimé de 296 milliards de dollars, une hausse de 6%, la 29è consécutive. Le Japon est encore loin derrière avec 50,2 milliards de dollars. De plus, la hausse annoncée du budget de la Chine offre un curieux contraste avec la crise économique sévère et inédite qui secoue ce pays depuis quelques années, illustrant ainsi la volonté du Parti communiste chinois de poursuivre l’effort de guerre coûte que coûte, estiment la plupart des analystes occidentaux. En outre, le montant officiel des dépenses militaires chinoises est notoirement très inférieur aux dépenses réelles, une opacité traditionnelle en Chine communiste qui, cependant, ne trompe guère les observateurs de ce pays.

Les dépenses militaires représentent le cœur du budget chinois, soit quelque 40 % des dépenses totales du gouvernement central. Ces dépenses représentent dix fois celles consacrées à l’éducation et presque cinq fois celles réservées aux sciences et technologies.
En septembre 2023, le sénateur américain Dan Sullivan, membre de la Commission militaire du Sénat à Washington, avait affirmé que le budget militaire « réel » de la Chine était en réalité proche de 700 milliards de dollars. Ce chiffre, avait-il précisé, est fondé sur l’analyse réalisée par les services de renseignement américains. S’il est avéré, ce montant est plus de trois fois supérieur au budget officiel annoncé par Pékin.

Le président Xi Jinping, qui est aussi le chef de la Commission militaire centrale de l’Armée populaire de libération (APL), a régulièrement mis en avant la nécessité pour la Chine de renforcer ses capacités militaires pour être en mesure de faire face à un environnement qu’il juge de plus en plus hostile. Il appelle régulièrement les soldats de l’APL à se tenir prêts à livrer combat et met l’accent sur le fait que ces préparatifs sont réalisés à l’approche du centenaire de la création de l’APL en 2027. Clairement, la Chine se prépare à un assaut contre Taïwan d’ici 2027. La question de Taïwan est en fait devenue une véritable obsession pour le maître de la Chine rouge.

Certes les scénarios sont nombreux : ce conflit pourrait prendre la forme d’une guerre chaude traditionnelle, Pékin déclenchant une offensive par mer et air mais son coût humain serait extrêmement élevé (certaines analyses de think tank américains évoquent le chiffre de 500.000 morts). Il pourrait aussi prendre la forme d’une guerre hybride combinant forces armées et attaques cybernétiques pour paralyser les centres de commandements militaires de l’île.
Ce pourrait aussi être simplement un embargo complet de l’ancienne Formose imposé par la marine chinoise tout autour de l’île pour l’isoler du monde extérieur et ainsi étouffer son économie. Ce dernier scénario permettrait d’éviter de lourdes pertes en vies humaines mais il aurait un coût économique très élevé aussi pour la Chine puisqu’une telle opération gèlerait tout le trafic commercial dans le détroit de Taïwan qui est considérable.

Quoiqu’il en soit, le conflit serait long pour plusieurs raisons. La première est que l’APL n’a aucune expérience de débarquement de ses forces terrestres sur une île. La deuxième est que l’armée de Taïwan se prépare depuis plusieurs décennies à une attaque militaire chinoise et dispose aujourd’hui d’un arsenal militaire conséquent en mesure de retarder une invasion militaire pendant plusieurs semaines, donnant ainsi le temps aux Etats-Unis pour venir apporter leur soutien.
La troisième est que les systèmes de brouillage électronique que possède Taïwan sont sophistiqués et seraient conjugués à ceux des Etats-Unis et du Japon. La quatrième est que le moral dans l’armée chinoise ne serait vraisemblablement pas celui dont rêvent les généraux de l’APL car s’entretuer entre frères (les Taïwanais sont dans leur grande majorité des Chinois de souche) n’est pas vraiment un idéal pour ces jeunes recrues, ni pour leurs parents dont c’est en outre souvent le seul fils.

Mais le Japon, qu’il le veuille ou non, serait entraîné dans cette guerre du simple fait que les nombreuses bases américaines aériennes et navales situées sur le sol japonais seraient vraisemblablement les premières cibles des missiles chinois en cas de conflit puisque Pékin aurait pour premier objectif de neutraliser au maximum les forces américaines dans la zone avant de donner l’assaut. Quelque 54 000 soldats américains sont stationnés sur le sol japonais.
L’objectif prioritaire de la Chine serait probablement la base aérienne de Kadena dans l’île méridionale d’Okinawa, la plus grande base américaine en Asie d’où décollent des avions espions et de reconnaissance de même que des bombardiers à capacité nucléaire, des avions ravitailleurs et des chasseurs de dernière génération. Cette cible est d’autant plus importante pour les stratèges militaires chinois qu’elle se trouve à proximité immédiate de Taïwan, à moins de 700 kilomètres des côtes taïwanaises.

Kadena, que j’avais visitée dans les années quatre-vingt-dix lorsque j’étais correspondant de l’AFP au Japon, occupe une superficie de 45 km² et fait face à la mer de Chine orientale. Quelque 8.000 membres de l’US Air Force et d’autres organismes militaires y travaillent. Notons que si une majorité de Japonais reste attachée aux idées pacifiques inscrites dans l’article 9 de la Constitution, cette même majorité est parfaitement consciente des dangers nouveaux que font planer la Chine et la Corée du Nord sur leur pays. « Le sentiment général au Japon est que nous vivons dans un voisinage très difficile », explique Kazuto Suzuki, professeur à l’université de Tokyo.

Si bien que tous les sondages en témoignent : le soutien des Japonais au réarmement du pays ne cesse de croître. 29% des Japonais étaient favorables à des « forces d’auto-défense » plus fortes en 2018. La proportion était de 41,5% en 2022. Cette proportion passe à 90% s’agissant du soutien à l’alliance militaire entre le Japon et les Etats-Unis et, plus intéressant encore, 51% des Japonais sont désormais favorables à un amendement de ce fameux article 9 afin de permettre au pays d’intervenir militairement sur un théâtre extérieur pour se défendre en cas d’attaque militaire étrangère. Il en va ainsi même au sein de la communauté toujours plus réduite des survivants de la bombe d’Hiroshima. « A chaque fois que j’écoute les nouvelles à propos des missiles [nord-coréens), je suis horrifiée », déclare Mme Tanaka interrogée par la BBC et dont le prénom n’est pas connu. « Il existe aujourd’hui des situations dans le monde d’aujourd’hui où les peuples sont attaqués on se demande pourquoi… Je me demande si [ces dépenses militaires] ne sont pas nécessaires pour nous protéger », ajoute-t-elle.

Cet environnement de plus en plus menaçant a de ce fait conduit à un resserrement très fort des liens entre le Japon et les Etats-Unis. Le 10 avril 2024, Joe Biden a invité Fumio Kishida à un dîner d’État à la Maison Blanche, privilège jusque-là jamais accordé à un Premier ministre japonais japonais. Et pour cause, ce n’était pas une visite de courtoisie. En effet, le président américain et le chef du gouvernement japonais ont annoncé un vaste programme de défense conjointe visant à renforcer la coopération militaire entre leurs deux pays. Lors d’une conférence de presse, Joe Biden a précisé : les États-Unis et le Japon ont décidé « la mise en œuvre d’étapes significatives pour moderniser les structures de commandement et de contrôle. Nous augmentons l’interopérabilité et la planification de nos armées afin qu’elles puissent travailler ensemble d’une façon efficace et sans accroc. » Autrement dit, avec un nouveau commandement militaire conjoint.

Plus tard, accueillant son hôte dans le Bureau Ovale, le président américain a souligné la nécessité « de garantir que l’Indopacifique demeure libre, prospère et ouvert sur le monde en restant ensemble ». Fumio Kishida, de son côté, a mis l’accent sur « l’amitié et la confiance mutuelle » avec Joe Biden. Les deux pays, selon lui, se trouvent « à l’avant-garde pour maintenir et renforcer un ordre international libre et ouvert fondé sur l’exercice du droit ». Selon des responsables de l’administration américaine, Américains et Japonais vont en outre étudier les possibilités de produire ensemble des armes. Cette coopération inédite permettra de renforcer la puissance industrielle du Japon et de créer des synergies entre les deux armées en cas de conflit régional.

Le scénario le plus probable, ont-ils expliqué, est une invasion de Taïwan par l’armée chinoise. Mais ce pourrait être aussi une initiative militaire agressive de la Corée du Nord. « Toute tentative de changer le statu quo [dans le détroit de Taïwan] par la force ou tout coercition serait absolument inacceptable », a lancé Fumio Kishida. « Washington et Tokyo continueront de répondre d’une façon appropriée à de tels actes. L’Ukraine d’aujourd’hui pour être l’Asie de l’Est demain ». Le partenariat entre les États-Unis et le Japon est « incassable », a célébré Joe Biden. « Le monde fait aujourd’hui face à davantage de défis et de problèmes que jamais auparavant », a de son côté déclaré le Premier ministre japonais. « Le Japon va resserrer les liens avec nos amis américains et, ensemble, nous ouvrirons la voie pour surmonter les défis dans la région Indopacifique et le monde ».

Réaction quasi-immédiate de la Chine en réaction à ce sommet : Mao Ning, l’un des porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a déclaré que « le Japon doit réfléchir avec sérieux sur son passé d’agression, mettre fin à toute participation à des groupes militaires et choisir la voie du développement pacifique », usant là d’un narratif bien connu.

Le 11 avril, Fumio Kishida a en outre prononcé un discours en anglais devant les deux chambres du Congrès américain, le deuxième dirigeant japonais à le faire. Les États-Unis, a-t-il déclaré, ne doivent pas être les seuls à endosser la responsabilité de défendre l’ordre international, le Japon étant prêt à s’engager lui aussi dans ce combat. « Je sens bien un courant sous-jacent chez des Américains qui doutent du rôle qui devrait être le vôtre dans le monde. Ce doute croît au moment où l’Histoire se trouve à un tournant. L’ère de la Guerre froide est déjà derrière nous et nous nous trouvons maintenant à un point de bascule qui va définir la prochaine étape de l’histoire de l’humanité, a-t-il ajouté dans une allusion transparente à la Russie, la Chine et la Corée du Nord.

Outre Taïwan, les manœuvres d’intimidation chinoises se sont aussi multipliées ces derniers mois contre les Philippines. L’objectif non-dit mais évident de Pékin : contraindre Manille à accepter la suzeraineté que la Chine proclame dans cette zone jusque dans ses eaux territoriales, phénomène qui conduit l’archipel philippin à, lui aussi, se rapprocher des États-Unis. Le 7 avril, pour la première fois, le Japon, les États-Unis, les Philippines et l’Australie ont procédé à des exercices aéronavals conjoints en mer de Chine méridionale. Ces manœuvres se sont déroulées dans la Zone économique exclusive (ZEE) des Philippines.

Rappelons que la Chine revendique une « souveraineté indiscutable » sur quelque 90% des 4 millions de km² de la mer de Chine méridionale réputée riche en réserves halieutiques et en hydrocarbures et où transitent chaque année quelque 40 % du commerce mondial. Outre les Philippines, Taïwan, l’Indonésie, Brunei, la Malaisie et le Vietnam revendiquent une partie de ces vastes étendues maritimes et contestent les revendications chinoises. Pour le Japon, tout comme pour les Etats-Unis et ses alliés, un autre facteur de risque est venu s’ajouter et non des moindres : celui d’une alliance de plus en plus étroite entre la Chine et la Russie. Le Japon revendique sa souveraineté sur une partie des îles Kouriles, un différend territorial qui les a empêché jusqu’à ce jour de signer un traité de paix.

Il est devenu patent aujourd’hui qu’en dépit de ses dénégations et démentis véhéments, la Chine aide l’armée russe à poursuivre sa guerre en Ukraine, que ce soit par des livraisons d’éléments sensibles à usage dual, donc aussi militaire, soit aussi par des livraisons d’armes par procuration, c’est-à-dire par l’intermédiaire de leurs alliés la Corée du Nord et l’Iran. Autre conséquence encore de ce qui est perçu comme une menace chinoise, l’Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis ont annoncé en avril qu’ils « envisagent de coopérer » avec le Japon dans le cadre de l’alliance tripartie de défense Aukus (Australie, Royaume-Uni, États-Unis). L’entrée du Japon dans le traité Aukus fait actuellement l’objet de négociations, selon des sources diplomatiques citées dans les médias américains et japonais.

L’alliance Aukus vise à renforcer les liens de défense entre Washington, Londres et Canberra, sur fond de montée en puissance militaire de la Chine en Asie-Pacifique. Le premier pilier de ce pacte consiste à équiper l’Australie d’une flotte de puissants sous-marins à propulsion nucléaire.
Le second grand volet porte sur la cyberguerre, l’intelligence artificielle (IA) ainsi que le développement de drones sous-marins et de missiles hypersoniques de longue portée. Le Premier ministre australien, Anthony Albanese, a précisé devant la presse que la participation du Japon ne concernerait que le deuxième pilier de l’accord. « Le Japon est un candidat naturel pour cela », a-t-il insisté.

Enfin, développement inattendu : la montée en puissance militaire de la Chine dans la région a eu pour autre conséquence un dégel complet des relations entre le Japon et la Corée du Sud, ce dernier témoignant aujourd’hui encore un profond ressentiment à l’égard de son voisin dont la colonisation brutale de la péninsule coréenne dans les années trente et quarante nourri aujourd’hui encore une profonde colère dans la population sud-coréenne. Ce rapprochement s’est concrétisé depuis deux ans par des visites au plus haut niveau entre les dirigeants des deux pays et l’organisation de sommets tripartites Etats-Unis/Japon/Corée du Sud. De fait, pour les autorités coréennes et une partie de la population, l’ennemi d’hier, le Japon, a été remplacé par l’ennemi d’aujourd’hui, la Chine.

Ces alliances nouvelles, ces déclarations, ces manœuvres et ces gesticulations militaires témoignent tous d’une montée constante des périls en Asie-Pacifique. S’ils ne sont pas maîtrisés, ils risquent de conduire à un embrasement général aux conséquences potentiellement catastrophiques pour cette zone et, au-delà, pour la planète entière.

Pierre-Antoine Donnet, le 22 mai 2024

Répondre à cet article


AU LENDEMAIN DES ÉLECTIONS EUROPÉENNES, QUELLE PLACE DE L’EUROPE DANS LE NOUVEL ORDRE GÉOPOLITIQUE MONDIAL ? Joséphine STARON

LES INSTANCES DE COOPÉRATION STRATÉGIQUE ET DE SÉCURITE EN INDO-PACIFIQUE ET LEURS INTÉRETS POUR L’UE

LA TRANSFORMATION DE LA POSTURE DE DÉFENSE DU JAPON ET LE DÉBAT SUR LA DIMENSION NUCLÉAIRE DE L’ALLIANCE AVEC LES ÉTATS-UNIS. Marianne PÉRON-DOISE

LE DÉVELOPPEMENT DES NOUVEAUX CADRES DE COOPÉRATION DANS LA RÉGION INDO-PACIFIQUE - LES DÉFIS DU MINILATÉRALISME POUR L’UNION EUROPÉENNE ET SES PARTENAIRES. Chloé BAMBERGER

DU DROIT DE LA GUERRE DANS LE CONFLIT ARMÉ RUSSO-UKRAINIEN. David CUMIN

LES YAKUZAS JAPONAIS. UN EXEMPLE LOCAL DE LA CONTIGUÏTE DU CRIME ORGANISÉ, DE LA GÉOPOLITIQUE ET DE LA MONDIALISATION. Gaël MICOUIN

BREXIT, COVID-19, QATARGATE, GUERRE EN UKRAINE - CE QUE LES ACTEURS DE L’UNION EUROPÉENNE FONT DES CRISES

SIX MOIS AVANT LES ELECTIONS EUROPEENNES, L’ALLEMAGNE ET LA FRANCE DOIVENT FORGER LE DISCOURS D’UNE EUROPE PLUS GEOPOLITIQUE. Jeanette Süß

ENTRETIEN EXCLUSIF AVEC EMMANUEL LINCOT sur la Chine et l’Asie centrale. « LE TRÈS GRAND JEU »

ENTRETIEN AVEC HAMIT BOZARSLAN. DE L’ANTI-DÉMOCRATIE À LA GUERRE EN UKRAINE

EN EUROPE COMME À L’INTERNATIONAL, UN PARCOURS SEMÉ D’EMBÛCHES POUR LE DUO FRANCO-ALLEMAND. Marie KRPATA

ENTRETIEN EXCLUSIF - LE MULTILATERALISME AU PRISME DE NATIONS DESUNIES. Julian FERNANDEZ

L’AFRIQUE ET LA CHINE : UNE ASYMÉTRIE SINO-CENTRÉE ? Thierry PAIRAULT

L’INDO-PACIFIQUE : UN CONCEPT FORT DISCUTABLE ! Thierry GARCIN

L’ALLIANCE CHIP4 EST-ELLE NÉE OBSOLÈTE ? Yohan BRIANT

INVESTISSEMENTS DIRECTS A L’ÉTRANGER - D’UNE STRATÉGIE DE FIRMES À UNE STRATÉGIE GÉOPOLITIQUE (2ème partie). Laurent Izard

INVESTISSEMENTS DIRECTS A L’ÉTRANGER - D’UNE STRATÉGIE DE FIRMES À UNE STRATÉGIE GÉOPOLITIQUE. Laurent IZARD

BRETTON WOODS ET LE SOMMET DU MONDE. Jean-Marc Siroën

LES ENJEUX DE SÉCURITE DE L’INDE EN ASIE DU SUD. Olivier DA LAGE

LA CULTURE COMME ENJEU SÉCURITAIRE. Barthélémy COURMONT

QUELLES POSSIBILITÉS D’ÉVOLUTION POUR LES PETITS ETATS EN RELATIONS INTERNATIONALES ? LE CAS DU QATAR. Par Lama FAKIH

LES ENJEUX STRATÉGIQUES DES CÂBLES SOUS-MARINS DE FIBRE OPTIQUE DANS L’ARCTIQUE. Par Michael DELAUNAY

L’ARCTIQUE ET LA GUERRE D’UKRAINE. Par Thierry GARCIN

LA REVANCHE DE LA (GEO)POLITIQUE SUR L’ECONOMIQUE

UKRAINE. CRISE, RETOUR HISTORIQUE ET SOLUTION ACTUELLE : « LA NEUTRALISATION ». Par David CUMIN

VLADIMIR POUTINE : LA FIN D’UN RÈGNE ? Par Galia ACKERMAN

« LA RUSE ET LA FORCE AU CŒUR DES RELATIONS INTERNATIONALES CONTEMPORAINES »

L’INTER-SOCIALITE AU COEUR DES DYNAMIQUES ACTUELLES DES RELATIONS INTERNATIONALES

LES MIRAGES SÉCURITAIRES. Par Bertrand BADIE

LE TERRITOIRE EN MAJESTÉ. Par Thierry GARCIN

UNION EUROPÉENNE : UNE SOLIDARITÉ TOURNÉE VERS UN PROJET DE PUISSANCE ? Par Joséphine STARON

LES TALIBANS DANS LA STRATÉGIE DIPLOMATIQUE DE LA CHINE. Par Yohan BRIANT

🔎 CHINE/ETATS-UNIS/TAÏWAN : LE TRIANGLE INFERNAL. Par P.A. Donnet

LA RIVALITÉ CHINE/ÉTATS-UNIS SE JOUE ÉGALEMENT DANS LE SECTEUR DE LA HIGH TECH. Par Estelle PRIN

🔎 LES « MÉTAUX RARES » N’EXISTENT PAS... Par Didier JULIENNE

🔎 L’ARCTIQUE DANS LE SYSTÈME INTERNATIONAL. Par Thierry GARCIN

LES PARAMÈTRES DE LA STRATÉGIE DE DÉFENSE DE L’IRAN. Par Tewfik HAMEL

🔎 LES NOUVELLES GUERRES SYSTEMIQUES NON MILITAIRES. Par Raphaël CHAUVANCY

L’INTERNATIONALISME MÉDICAL CUBAIN AU-DELÀ DE L’ACTION HUMANITAIRE. Par G. B. KAMGUEM

LE SECTEUR BANCAIRE, AU CŒUR DU MODELE ECONOMIQUE CHINOIS, SEVEREMENT REPRIS EN MAIN. Par Jean François DUFOUR

UNE EUROPE TRIPLEMENT ORPHELINE

LA DETTE CHINOISE DE DJIBOUTI. Par THIERRY PAIRAULT

U.E - LES DOSSIERS : GAIA-X, 5 G, FONDS EUROPEEN DE DEFENSE, DEEP TECH, CONTROLE DES INVESTISSEMENTS SENSIBLES, POLITIQUES DE SOUVERAINETE...

CONSEIL DE SECURITE - L’AFRIQUE EST-ELLE PRÊTE POUR PLUS DE RESPONSABILITÉ ?

BERTRAND BADIE : « LE MULTILATERALISME EST BLOQUE PAR LES ETATS ET LE NEO-NATIONALISME MAIS FONCTIONNELLEMENT INEVITABLE… »

COMMENT LA CHINE SE PREPARE POUR FAIRE FACE AU DEUXIEME CHOC ECONOMIQUE POST-COVID. Par J.F. DUFOUR

GUERRE ECONOMIQUE. ELEMENTS DE PRISE DE CONSCIENCE D’UNE PENSEE AUTONOME. Par Christian HARBULOT

LA CRISE DU COVID-19, UN REVELATEUR DE LA NATURE PROFONDE DE L’UNION EUROPEENNE. Par Michel FAUQUIER

(1) GEOPOLITIQUE D’INTERNET et du WEB. GUERRE et PAIX dans le VILLAGE PLANETAIRE. Par Laurent GAYARD

(2) GEOPOLITIQUE D’INTERNET et du WEB. Souveraineté numérique, enjeu géopolitique, Internet sécessionniste. Par L. GAYARD

La GEOPOLITIQUE DES POSSIBLES. Le probable sera-t-il l’après 2008 ?

« Une QUADRATURE STRATEGIQUE » au secours des souverainetés nationales

L’Europe commence à réagir à l’EXTRATERRITORIALITE du droit américain. Enfin ! Par Stephane LAUER

LA DEFENSE FRANCAISE, HERITAGE ET PERPECTIVE EUROPEENNE. Intervention du Général J. PELLISTRANDI

PARADIS FISCAUX. « Il faut changer la façon dont on impose les profits des sociétés multinationales ». G. Zucman

L’EUROPE FACE AUX DEFIS DE LA MONDIALISATION (Conférence B. Badie)

De la COMPETITION ECONOMIQUE à la GUERRE FROIDE TECHNOLOGIQUE

Le traité d’Aix-la-Chapelle

ACTUALITES SUR L’OR NOIR. Par Francis PERRIN

TRUMP REINVENTE LA SOUVERAINETE LIMITEE. Par Pascal Boniface

Une mondialisation d’Etats-Nations en tension

LES THEORIES DES RELATIONS INTERNATIONALES AUJOURD’HUI. Par D. Battistella

Guillaume Duval et Henrik Uterwedde, « Traité de l’Elysée 2.0 : Les clés d’une nouvelle étape de l’intégration européenne ? » (6 février 2018)

MONDIALISATION HEUREUSE, FROIDE et JEU DE MASQUES...

RESISTANCE DES ETATS, TRANSLATION DE LA PUISSANCE

Libéraux contre libéraux

Ami - Ennemi : Une dialectique franco-allemande ?

PUISSANCES MOYENNES d’hier et d’aujourd’hui entre impuissance et émergence (B. Badie, professeur des Universités, Sc Po Paris)

DE LA DIT A LA DIPP : LA FRAGMENTATION DE LA...

Conférence de Pierre-Emmanuel Thomann : La rivalité géopolitique franco-allemande (24 janvier 2017)

Conférence d’Henrik Uterwedde : Une monnaie, deux visions (20 janvier 2016)

Conférence de Bertrand Badie : Les fractures moyen-orientales (10 mars 2016)

Conférence de Bertrand Badie - L’énigme des émergents : la Chine rivale ou interdépendante des Etats-Unis ? (21 février 2013)