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DU DROIT DE LA GUERRE DANS LE CONFLIT ARMÉ RUSSO-UKRAINIEN. David CUMIN

BREXIT, COVID-19, QATARGATE, GUERRE EN UKRAINE - CE QUE LES ACTEURS DE L’UNION EUROPÉENNE FONT DES CRISES

SIX MOIS AVANT LES ELECTIONS EUROPEENNES, L’ALLEMAGNE ET LA FRANCE DOIVENT FORGER LE DISCOURS D’UNE EUROPE PLUS GEOPOLITIQUE. Jeanette Süß

ENTRETIEN EXCLUSIF AVEC EMMANUEL LINCOT sur la Chine et l’Asie centrale. « LE TRÈS GRAND JEU »

ENTRETIEN AVEC HAMIT BOZARSLAN. DE L’ANTI-DÉMOCRATIE À LA GUERRE EN UKRAINE

EN EUROPE COMME À L’INTERNATIONAL, UN PARCOURS SEMÉ D’EMBÛCHES POUR LE DUO FRANCO-ALLEMAND. Marie KRPATA

ENTRETIEN EXCLUSIF - LE MULTILATERALISME AU PRISME DE NATIONS DESUNIES. Julian FERNANDEZ

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BRETTON WOODS ET LE SOMMET DU MONDE. Jean-Marc Siroën

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LA CULTURE COMME ENJEU SÉCURITAIRE. Barthélémy COURMONT

QUELLES POSSIBILITÉS D’ÉVOLUTION POUR LES PETITS ETATS EN RELATIONS INTERNATIONALES ? LE CAS DU QATAR. Par Lama FAKIH

LES ENJEUX STRATÉGIQUES DES CÂBLES SOUS-MARINS DE FIBRE OPTIQUE DANS L’ARCTIQUE. Par Michael DELAUNAY

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LES YAKUZAS JAPONAIS. UN EXEMPLE LOCAL DE LA CONTIGUÏTE DU CRIME ORGANISÉ, DE LA GÉOPOLITIQUE ET DE LA MONDIALISATION. Gaël MICOUIN

lundi 22 avril 2024 Gaël MICOUIN

Dans cet article très documenté, Gaël Micouin (1), à travers l’exemple des yakusas japonais, fait entrer le crime dans le champ d’analyse de la géopolitique. Il s’agit d’une organisation composée de clans avec une hiérarchie pyramidale de type patriarcal. Comme on pourra en lire les raisons ci-dessous, c’est un phénomène social, politique et économique, qui aujourd’hui n’est pas seulement local. Les motifs d’exercice du crime sont internationaux, ainsi que les moyens de lutte que l’on découvrira plus loin. Bonne lecture !

(1) Gaël Micouin est en Master 2 « Affaires Asiatiques » de Sciences Po Lyon, il a appris le japonais puis le chinois. Il travaille sur une analyse comparative des criminalités organisées japonaises et chinoises en lien avec l’État et le nationalisme.

Dessin de Henri Sam. « L’observation du monde »

LES YAKUZAS JAPONAIS. UN EXEMPLE LOCAL DE LA CONTIGUÏTE DU CRIME ORGANISÉ, DE LA GÉOPOLITIQUE ET DE LA MONDIALISATION

Le crime, un phénomène politique multiscalaire

Il n’est pas naturellement chose aisée de faire entrer le crime – même organisé – dans le champ d’analyse de la géopolitique. Lorsqu’il est question des enjeux de sécurité internationale, ce sont les conflits militaires et le terrorisme qui occupent le devant de la scène. Pourtant, le crime organisé progresse, et il ne s’agit pas d’un enjeu de sécurité qui se répercute à l’international, mais bien d’un phénomène qui ne peut plus être aujourd’hui seulement local. D’ailleurs, en dehors du crime organisé, l’avancée de la recherche en criminologie produit constamment des cadres d’explication politiques, sociaux, économiques généraux au phénomène criminel. Si bien qu’en tirant le trait, un sentiment de vertige peut se dégager à l’idée qu’aujourd’hui un crime n’est plus jamais seulement local.

L’objet de ces quelques pages est d’essayer de montrer, à travers un cas précis, comment les organisations criminelles sont ontologiquement un phénomène social à dimension géopolitique et, en allant plus loin, comment ce phénomène à l’échelle que l’on connaît aujourd’hui est un produit de la mondialisation.

De quelle « mafia » les yakuzas sont-ils le nom ?

Invoquer la criminalité organisée et le mot « mafia » n’est jamais très loin. Ce réflexe a ceci d’intéressant qu’il met en valeur une apparente homogénéité entre des organisations criminelles très distinctes. Par le langage, il semble que les sociétés criminelles italiennes, russes, balkaniques, les syndicats italo-américains, les triades et les yakuzas participent d’une même réalité. En employant le mot « mafia », tout un ensemble d’idées est invoqué et il semble que chacun « voit » ce qu’on veut dire par là. Evidemment, toutes ces organisations criminelles ont autant de points communs que de différences entre elles et face à d’autres groupes auxquels on les associe moins, comme les gangs de motards, les groupes de délinquants ou les organisations terroristes [1]. En fait, une partie de la réponse à savoir sur ce qui rapproche tous ces groupes, se trouve dans le mot « mafia » lui-même. Il s’agit, pour chacune d’entre eux, d’organisations criminelles très centralisées, incorporées, mobilisant un registre (discursif et symbolique) traditionnaliste et culturel que le mot mafia évoque inévitablement [2]. Ainsi, les mafias italiennes invoquent la nostalgie du début du siècle dernier, l’omerta et le code d’honneur, les triades la parenté avec les sociétés secrètes, et dans de nombreux pays des codes esthétiques de tatouage constituent un folklore qui créé du commun [3]. Qu’importe le degré de réalité de ce registre – certaines de ces organisations ne sont ni très hiérarchiques, ni fondamentalement tentaculaires ; elles sont souvent bien moins traditionnelles que ce qu’elles prétendent et leurs « codes d’honneur » sont sujets à de nombreuses évolutions – l’important est qu’il soit mobilisé. Les yakuzas sont très loin de faire exception à cette dynamique : la persistance d’un discours auto-justificateur d’une appartenance à l’essence nationale japonaise, allant parfois jusqu’à se proclamer héritiers des samurais, était l’un des objets du travail à l’origine de cet article.

C’est précisément cette dimension des « mafia » qui participe à en faire un objet des relations internationales. Qu’importe, encore une fois, le degré de véracité des mythes et discours gangsters, l’important est que ces organisations criminelles se vivent comme des sociétés, la contrainte institutionnelle des frontières en moins. De fait, les organisations criminelles constituent des pans à part entière du système politique, économique et social dans lequel elles s’inscrivent. Elles se développent donc dans le même mouvement que celui de l’État, au sein de ses frontières dans un premier temps et quand la tendance est à l’isolement (la période de pandémie de Covid-19 l’a illustré avec un retour aux pratiques de racket), ou bien, nous le montrerons, bien au-delà dans la dynamique de mondialisation.

L’histoire moderne des yakuzas constitue un exemple éloquent, parfois à un degré inédit d’intensité, de ce processus commun. Cet exemple est à mes yeux d’autant plus fort que les yakuzas sont l’une des organisations criminelles à s’être le moins exportée à l’étranger par rapport aux autres « mafia ». Le local, voire peut-être surtout le national, est lié de près à leur essence. A l’instar du Japon, les yakuzas ont suivi les mouvements du développement au-delà de l’archipel avec les nécessités de l’époque moderne. Toujours en accompagnant, dans l’ombre ou à visage découvert, l’État.

PREMIER TEMPS – DANS LE PROJET IMPÉRIALISTE ET COLONIAL

L’histoire moderne des yakuzas commence au moment de leur structuration en véritables groupes locaux et sociétés secrètes. A cet égard, la première tentative aboutit en 1881 sous la direction de Tōyama Mitsuru (1855-1944) qui structure l’alliance entre les yakuzas de Fukuoka et des groupes politiques nationalistes sous l’égide de la « Société de l’Océan noir » (Gen’yōsha 玄洋社). Les objectifs de cette société secrète étaient de faire régner un ordre social strict sur les territoires qu’elle occupait (initialement les rues de Fukuoka), participer à l’expansion territoriale du pays en tant que force paramilitaire et servir l’Empereur. Les actions de la Gen’yōsha ont immédiatement une dimension géopolitique. Non seulement elle structure des réseaux d’espionnages en Chine, en Corée et particulièrement en Mandchourie, mais elle est également amenée à être la force d’opération officieuse de l’expansionnisme japonais. Ce sont les hommes de la société de l’océan noir qui participèrent à l’assassinat de l’impératrice de Corée Myeongseong (1851-1895), menant au rapprochement forcé des deux pays puis au protectorat de Corée dix ans plus tard. Ils participèrent ensuite, par l’espionnage et les sabotages préalables, à la guerre contre l’Empire Russe [4]. A cette époque, la société paramilitaire devait créer « les conditions nécessaires à l’invasion [5] » des territoires convoités par l’Empire japonais, d’où l’intérêt de l’alliance pour les groupes politiques de l’extrême-droite représentés par Tōyama Mitsuru. En 1919, l’expansion de l’union des gangsters de Fukuoka est telle qu’elle devient une véritable fédération nationale et se renomme « Société de l’essence nationale du grand Japon » (Dai Nippon Kokusui-kai 大日本國粹会). Elle compte alors plus de 60 000 membres répartis sur le territoire national. Directement administrée par le ministre de l’Intérieur Tokunami Takejiro (1866-1935), la société sert non seulement à renforcer les rangs des actifs du nationalisme belliciste mais aussi à former les bandes nationalistes au combat. Elle est alors aux yeux de tous la force paramilitaire du parti de « l’Alliance nationale des citoyens » (Rikken Seiyūkai 立憲政友会), l’un des deux partis majeurs du parlement japonais jusqu’en 1940. Encore une fois, en-dehors de ses actions sur le territoire national, la kokusui-kai infiltre les territoires japonais de Mandchourie au début des années 1930, puis les territoires occupés de la Chine afin de s’adonner à de nouvelles activités : soutien à la répression de la résistance à l’occupation, profit des gains des programmes de modernisation agricole de concert avec les militaires et surtout participation à la politique de « narcotisation » de la Chine et de la Mandchourie [6].
Il s’agit non-seulement du développement du marché de la drogue – en l’occurrence l’Opium – à des fins commerciales dans le cadre du marché international de la drogue, mais aussi de la politique militaire d’occupation consistant à inciter les sujets colonisés à la consommation de cette drogue afin de rendre leur résistance plus facile à réprimer. En bref, les gangsters yakuzas sont employés comme moyen d’action géopolitique, via les groupes politiques de l’extrême-droite japonaise d’abord, par l’industrie militaire ensuite. La seule exploitation de l’opium représentait un gain de 300 millions de dollars par an pour l’armée, donc pour l’État [7].

Kodama Yoshio (1911-1984) est un exemple intéressant de cet entreprenariat criminel et militaire : Il fonde une agence privée sous contrat avec l’aéronavale japonaise le 8 décembre 1941, l’Agence Kodama (Kodama Kikan) basée à Shangaï. L’agence fait dans l’import-export de matériau concernant toute la chaîne de production militaire, du tungstène aux fusils, avec la particularité d’agir selon un management mélangeant corruption (pour l’achat d’armes qui étaient modifiées et revendues), marché noir et pression sur les producteurs miniers chinois et mandchous le tout en mobilisant des yakuzas implantés sur place. Les gains massifs dû aux méthodes musclées qu’utilisaient ses partenaires et employés yakuzas permirent à l’Agence d’atteindre le capital de 175 millions de dollars à la fin de la guerre. Le réseau Kodama participait au réseau d’espionnage est-asiatique, mais il finançait également la police militaire japonaise (Kenpeitai 憲兵隊) à Shangaï [8].

L’exposé de ce premier temps de l’histoire moderne des yakuzas a un intérêt tout autre que la seule anecdote. Un tel degré de récupération des forces criminelles par un projet étatique (notamment militaire) me semble effectivement assez rare dans l’histoire. Cependant, ce que montre le cas yakuza c’est la ressource politique et géopolitique que peuvent constituer des forces criminelles suffisamment organisées et centralisées. Une fois liées à un projet politique par des intérêts économiques, des intérêts de puissance voire une certaine ligne idéologique, les organisations criminelles constituent une force officieuse du politique qui peut agir aussi bien à l’intérieur des frontières d’un État qu’à l’extérieur. L’histoire des yakuzas offrent un exemple très clair et particulièrement important de la nature des acteurs criminels : il s’agit d’un ensemble d’acteurs qui emploient un répertoire d’actions violentes et de subversion pour créer un rapport politique qui, s’il s’emploie la grande majorité du temps dans les interstices du pouvoir de l’État, est également très capable de changer de champ d’action.

DEUXIÈME TEMPS – RENAISSANCE PARTISANE DANS LA GUERRE FROIDE

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, tout l’appareil d’État japonais est détruit et avec lui le réseau nationaliste et militaire sur lequel les yakuzas sont structurés. Avec l’occupation du Japon par les États-Unis et leur volonté de reconstruire l’État japonais sur des bases correspondant à leurs intérêts, le nouvel État à toutes les cartes en main pour se débarrasser du gangstérisme associé à l’Empire effondré. Pourtant, ce sont encore une fois des intérêts géopolitiques qui participent à l’avenir des yakuzas. La nouvelle conflictualité de bloc bouleverse les priorités américaines et japonaises, notamment la progression de popularité du Parti Communiste Japonais et des syndicats associés, le progrès de la guerre civile chinoise et la situation en Indochine. L’historiographie japonaise parle de gyaku-kōsu (逆コース), signifiant cours renversé, pour parler du changement de politique d’occupation à partir de 1948. Il consiste en un arrêt de la « défascisation » du régime jusque-là entrepris par l’occupant américain, au profit d’une politique générale de réhabilitation et de soutien d’acteurs capables de leur fournir un rempart efficace contre la menace communiste, extérieure comme intérieure : les nationalistes, puis les yakuzas. Les anciens responsables politiques étaient utilisés pour leur réseau, tandis que les yakuzas étaient utilisés pour leurs méthodes. Nous savons par exemple que l’ancien chef des services de renseignements de l’état-major, Arisue Seizo (1895-1992), avait été recruté au G-2 [9]. En parallèle, des organisations criminelles se forment et s’engagent en brisant des grèves, intimidant des forces de gauche et s’exerçant au contre-espionnage au service de la CIA. C’est le cas du syndicat Tōsei-kai (le « gang de la voix de l’est » 東声会) avec à sa tête le yakuza Machii Hisayuki (1923-2002) formé dès 1948 et fort de 1 500 membres [10].

L’initiative de ce « front commun anticommuniste » est surtout l’occasion du grand retour de Kodama Yoshio aux affaires. Classé criminel de classe A à la fin de la guerre et incarcéré en 1946 aux côtés de hauts responsables militaires japonais, il est relâché dans la nuit du 23 décembre 1948. Kodama présente trois atouts majeurs pour le renseignement américain : son positionnement idéologique (se qualifiant de fervent nationaliste et anticommuniste, même en prison), ses ressources (environ treize milliards de dollars) et son réseau acquis pendant la guerre. Dans la lignée de Tōyama Mitsuru, Kodama est choisi pour structurer la nouvelle alliance anticommuniste des nationalistes d’avant-guerre et des yakuzas. Si beaucoup de yakuzas s’étaient lancés d’eux-mêmes dans le soutien à l’anticommunisme, les opportunités de Kodama réussirent à convaincre beaucoup d’autres, moins idéologues, qui avaient pu travailler pour son agence durant la guerre.

La nouvelle structure Kodama lui permet de devenir comme « le principal agent de la CIA au Japon », il centralise les informations concernant les industries que les groupes de yakuzas avait infiltrés et la réactivation de son ancien réseau international (notamment en Chine) lui permet d’étendre son action. Il reconduit également des opérations clandestines pour le compte de la CIA, comme la dissimulation d’un navire-espion en navire marchand à destination de Shangaï ou le déblocage d’une cargaison de tungstène, opération payée 150 000 dollars par les Américains. Ensuite, il mobilise les effectifs yakuza dans des opérations classiques comme briser des grèves. Enfin, il sert d’intermédiaire de financement pour les nouveaux groupes politiques nationalistes par la CIA, ce qui ne fut déclassifié qu’en 1994 [11]. Concernant cette dernière initiative, l’action de Kodama se lie une fois de plus à celle d’un autre homme, criminel de guerre de classe A incarcéré dans la même prison : Kishi Nobusuke [12]. Kishi est libéré en même temps que Kodama au moment du gyaku-kōsu, mais disculpé seulement en 1952. Dès lors, il s’engage dans ce qui va être la réhabilitation du nationalisme japonais dans le cadre du nouveau jeu politique. Il participe surtout à l’union des conservateurs et nationalistes au sein du Parti Libéral-Démocrate, dominant la scène politique japonaise jusqu’à aujourd’hui. C’est dans le cadre du PLD que l’union de circonstances entre cadres politiques nationalistes et yakuzas va perdurer et assurer une force politique anticommuniste après la fin de l’occupation américaine [13]. Les liens entre PLD et yakuzas s’expriment ponctuellement, de la façon la plus éclatante en 1960 dans le cadre de la violente répression des manifestations contre la révision du traité de sécurité entre le Japon et les États-Unis [14]. Après une répression violente des manifestations (environ 500 blessés, dont de nombreux étudiants) c’est la visite du président Eisenhower à Tokyo prévue le mois suivant qui suscite les craintes du gouvernement. Cette crainte a poussé le PLD à mobiliser des yakuzas via l’intermédiaire de Kodama Yoshio pour renforcer les capacités de sécurité lors de la visite. Aux 15 000 hommes de la police de Tokyo devaient ainsi s’ajouter 18 000 yakuzas, essentiellement du Kinsei-kai et du Sumiyoshi-kai (住吉会) ainsi que 10 000 vétérans et membres de diverses organisations nationalistes et religieuses [15].

Les efforts de Kodama de structuration d’un front commun entre nationalistes et yakuzas se poursuivent au long de la guerre froide, avec le temporaire Zen’ai Kaigi (1960-1965) puis l’alliance dont il est l’entremetteur, entre Yamaguchi-gumi et Inagawa-kai à la suite d’une sanglante guerre de gangs en 1972. Malgré ces relatifs échecs de structurations durables, l’enjeu supérieur de la logique de guerre froide et de lutte contre le communisme est bien le terreau sur lequel les yakuzas ont été maintenus, entretenus et liés avec ambivalence au monde politique dans l’après-guerre.

TROISIÈME TEMPS – L’HEURE D’OR YAKUZA, LES CRIMINELS ÉCONOMIQUES AU BUSINESS MONDIAL

L’incontestable période « dorée » pour le crime organisé yakuza, qui parcourt les décennies 1970 et 1980, est catalysée par deux initiatives internationales. D’abord la géoéconomie, du fait de la nouvelle politique économique japonaise, ensuite la géopolitique du fait de la participation du Japon à l’entreprise de la mondialisation. La distinction entre ces deux initiatives me paraît importante, dans la mesure où la première définit l’ensemble des politiques de dérégulations de secteurs économiques au premier plan duquel la finance internationale, tandis que la seconde concerne davantage l’adoption de moyens d’échanges dont l’objectif premier est l’intensification des flux. Il s’agit donc d’initiatives liées par un même socle d’idées politiques (libéralisme ou néo-libéralisme) mais pas fatalement indissociables.

L’économie japonaise de « croissance soutenue » (1955-1990) est parcourue d’un dosage entre des déréglementations de l’appareil productif, une concentration sur les enjeux du libre-échange et un interventionnisme relativement fort de l’État. La déréglementation a été une opportunité majeure pour la modernisation yakuza pour deux raisons : D’abord, cette déréglementation concerne en premier lieu les secteurs les plus sujets à l’infiltration criminelle. Pour ne prendre que l’exemple le plus important, c’est effectivement un désengagement de la surveillance des flux financiers, couplé à un modèle très spécifique de financement des titres, qui a permis aux yakuzas de s’y lancer sans difficulté. Le modèle japonais présente deux caractéristiques majeures : la perméabilité à des opérations extra-légales mais aussi la difficulté de contrôler ces opérations a posteriori pour y déceler l’infiltration mafieuse [16]. Quant à la dérégulation des transactions financières, le cas des prêts à la consommation est frappant. L’État se refusant à investir ce marché, la demande est comblée par une offre yakuza. Ces prêteurs yakuzas pratiquaient autrefois le prêt à taux de 100 % et même en 1999 il était possible d’appliquer des taux jusqu’à 40 % [17]. Face à cela, les agressions pour recouvrement se soldaient souvent par une inaction policière au motif de conflit privé.

La période de la « bulle spéculative », entre 1985 et 1990 est un moment de démesure. Si l’économie japonaise se porte globalement moins bien pendant cette période (étant donné le focus sur l’exportation de la politique économique japonaise) [18], le monde de la finance est absolument galvanisé [19]. Cette nouvelle activité très lucrative et peu surveillée entre rapidement dans les objectifs des principaux syndicats yakuzas. Les intérêts sont multiples : il s’agit d’une activité légale dont les risques – sur le plan de la sécurité – sont faibles avec une rentabilité quasi-garantie pour qui sait s’y prendre [20]. De même, la réussite économique légale permet un statut de légitimation très pratique. Apparaissent dès lors les keizai yakuza, les « yakuzas économiques » qui apprennent la spéculation et les manœuvres financières. C’est le sommet de l’infiltration de l’économie légale par les yakuzas qui bénéficient d’une impunité totale durant la période de la bulle spéculative. Le syndicat qui en tire les plus gros bénéfices est sans conteste l’Inagawa-kai, avec à sa tête Ishii Susumu (1924-1991). Familiarisé avec le monde de la finance depuis le début des années 1970, ce chef de syndicat surnommé le Zaitech Yakuza pour « yakuza financier » devient rapidement l’un des yakuzas les plus riches du monde [21].

Enfin, le processus de mondialisation catalyse l’activité yakuza par l’opportunité majeure d’investir le narcotrafic mondial. Il est important de comprendre à quel point le narcotrafic est corollaire de l’intensification des échanges. L’essor de la mondialisation à cette période a été le principal catalyseur du trafic de drogue et ce pour toutes les organisations criminelles. En effet, le trafic de drogue par des organisations criminelles profite des nouveaux réseaux et des nouvelles infrastructures de transport qui s’institutionnalisent avec la massification des flux. Un manque de régulation et une recherche de la rentabilisation par la massification, caractéristique de la transnationalisation des échanges autour des années 1980, conduit nécessairement à une pénétration plus facile du marché illégal au travers du marché légal. Champeyrache (2019) précise notamment que les ports investissent dans une accélération des processus d’empotage et de dépotage de plus en plus rapides ce qui, associé avec l’invisibilisation du contenu permis par la généralisation du conteneur, conduit à une perméabilité des marchandises illégales dans les flux transnationaux légaux [22]. La mondialisation agit également comme un effacement de la distance comme obstacle à la relation offre-demande, une unification économique qui va de pair avec un morcellement progressif de la souveraineté d’États plus fragiles économiquement et plus dépendants d’un avantage au libre-échange le moins régulé possible. Ce processus international s’applique donc de fait au Japon. Cependant la situation japonaise l’a favorisée dans la mesure où le poids des échanges transnationaux pour l’économie japonaise était important et les mesures de surveillance, notamment au regard des drogues, ne l’étaient pas. A partir de 1969, le trafic de drogue devient l’activité principale des yakuzas qui détiennent entièrement le marché. Ils savent bénéficier d’une coopération avec d’autres groupes criminels centralisés en Asie et en Amérique [23]. Les yakuzas sont ainsi l’exemple privilégié de cette dynamique commune.

Si la teneur de l’idéologie en question change quelque peu, la dynamique demeure : c’est bien en grande partie l’accord entre les intérêts (et les motivations) des groupes criminels yakuzas avec les intérêts géopolitiques (et économiques) de l’État japonais qui ponctue les temps forts de leur histoire, de la fin du 19éme siècle à la fin du 20éme.

QUATRIÈME TEMPS – LA LUTTE ANTI-YAKUSA EST-ELLE UNE INITIATIVE JAPONAISE ?

Un dernier temps important de l’histoire moderne des yakuzas est évidemment le début de leur déclin, c’est-à-dire le début des initiatives antigang (dites anti-groupes violents car la terminologie « yakuza » n’apparaît pas dans la législation japonaise), depuis 1991. Il a été montré ci-dessus que le ‘long vingtième siècle’ des yakuzas est ponctué de démonstrations de proximités bienvenues entre les intérêts géopolitiques, géoéconomiques et stratégiques entre le Japon et ses gangs. Pour parfaire le tableau, il est intéressant de noter tout ce que doit le déclin yakuza aux négociations, pressions et coopérations internationales. Pour autant, il ne s’agit pas d’invisibiliser les raisons purement japonaises. L’éclatement de la bulle spéculative en 1990 provoque la destruction de 16 % de la richesse nationale, en bonne partie du fait du milliard et quelques de prêts irrecouvrables car détenues par des yakuzas. Avec cette fièvre de la prospérité, se lève le voile sur un système complexe de corruption et de scandales qui termine de briser la loi de tolérance que pouvaient avoir les japonais envers le « mal nécessaire » yakuza. Il faut trouver ici une raison majeure de l’élaboration de ces lois antigang et notamment la première et plus fameuse, celle de 1991.

Toutefois, la diplomatie américaine est également responsable de la poursuite de cette politique antigang initialement assez timide. L’implantation internationale croissante des yakuzas, essentiellement due à sa participation au narcotrafic dans le pacifique, a d’abord été pointé du doigt par les services de police étrangers. Les yakuzas incitent effectivement à intensifier le trafic au Mexique et sur la côte Ouest de l’Amérique du Sud en proposant une logistique transpacifique. Ils sont également fortement implantés à Hawaï et en Californie. A ce titre, George H. W. Bush s’est notamment efforcé de poursuivre la « guerre contre la drogue » de son prédécesseur Ronald Reagan à l’échelle internationale, ce qui entraîne des pressions pour que la législation japonaise s’adapte et fasse décliner la tendance du narcotrafic [24]. En parallèle, le FBI était de plus en plus préoccupé de la pénétration yakuza sur le territoire américain et produit des rapports qui entrent en conflit avec ceux de la police japonaise. Yamada Hitoshi, de la Fédération Japonaise des Associations du Barreau, en disait ceci dans une interview en 1998 : « La prise de conscience de la police a changé. Les plus sensibles sont les cadres de la police qui assistent aux réunions internationales… lors de ces réunions, on leur demande fréquemment comment se déroulent les contre-mesures bōryokudan au Japon. Ce ne serait pas bon s’ils ne faisaient rien alors ils l’ont faite, cette loi  [25]. "La situation s’est notamment répétée en 2011 sous l’administration Obama, qui a établi de nouvelles mesures restrictives et incité à la coopération d’enquête en formulant que ces groupes constituaient des atteintes aux intérêts nationaux des États-Unis [26].

Le crime organisé : un fait politique, donc géopolitique

De façon assez saisissante, l’exemple yakuza illustre combien les enjeux de criminalité organisée peuvent être corrélés aux enjeux géopolitiques, géoéconomiques et stratégiques de « la sphère légale ». Surtout, il montre combien cette concomitance peut affecter positivement comme négativement cette forme particulière de criminalité. L’histoire yakuza met ainsi en évidences des dynamiques qu’il me semble pertinent de garder en tête en analysant la criminalité internationale et les enjeux de la mondialisation :

La géoéconomie criminelle n’est pas un « effet malheureux » de la mondialisation, elle en est son reflet incontestable. Le terme « économie sous-terraine » est trompeur, il s’agit d’une économie intégrée au légal menée par des acteurs toujours plus « gris », notamment dans des cadres de guerre, de colonisation ou d’occupation. La libéralisation des flux a produit une intensification de ces activités criminelles dans la mesure où elle s’est d’abord construite comme une dérégulation. Il est « piégeux » d’oublier le caractère international, de coopération ou de négociation dont sont issues les lois anticriminelles. Le crime organisé étant un enjeu international (notamment dans le cas des moins internationaux d’entre eux, comme les yakuzas) sa solution politique est nécessairement transnationale.

C’est de cette façon que le crime organisé constitue un défi et une remise en question des cadres habituels de compréhension de la nouvelle échelle du monde, le processus de mondialisation et le rôle des États.

Gaël Micouin, le 22 avril 2024

Notes

[1GAUCHER Francis, Groupes criminels et crime organisé, Paris, L’Harmattan, 2022, p.22

[2DICKIE Phil, WILSON Paul, « Defining organised crime : An operational perspective », Current Issues in Criminal Justice, 4, (3), 1993, p. 215.

[3GAYRAUD Jean-François, Géopolitique du crime organisé, Paris, Odile Jacob, 2008, pp. 67-123.

[4KAPLAN David, DUBRO Alex, Yakuza : La mafia japonaise, Arles, Philippe Picquier, 2002, pp. 64-66.

[5Ibid., p.66.

[6Ibid., pp. 62-69.

[7MARSHALL Jonathan, « Opium and the Politics of Gangsterism in Nationalist China, 1927-1945 », Bulletin of Concerned Asian Scholars, vol. 8, pp. 22-42.

[8Kaplan, Dubro (2002), op.cit., pp. 108-110.

[9DREA Edward J., PETERSEN Michael, Researching Japanese War Crimes Records, Washington DC, Nazi War Crimes and Japanese Imperial Government Records, 2006, p. 200.
Interagency Working Group

[10Kaplan, Dubro (2002), op.cit., pp. 102-103.

[11SEAGRAVE Sterling et Peggy, Opération « Lys d’or », Paris, Michalon, 2002, p. 210.

[12Il fut responsable du développement industriel de l’État-fantoche japonais en Mandchourie, ministre du commerce et de l’industrie et dans ce cadre, responsable en grande partie de l’organisation du travail forcé pendant la guerre.

[13Kishi réussit notamment à réhabiliter des hommes comme Kōno Ichirō (1898-1965) et Ōno Banboku (1890-1964), tous deux anciens responsables politiques durant la guerre, purgés à la reddition et blanchis en 1951. Le second, secrétaire général du parti jusqu’en 1965, rendit public ses liens avec les yakuzas en prononçant un discours devant 2 500 membres du Yamaguchi-gumi (山口組) à Kobe en 1963

[14Kishi est devenu premier ministre en janvier 1957 et s’oppose à l’union des forces de gauche sur l’ouverture vers un Japon plus autonome en matière de défense

[15Kaplan, Dubro (2002) op.cit., pp. 136-141.

[16BOUISSOU Jean-Marie, « Le marché des services criminels au Japon. Les yakuzas et l’État » Critique internationale, vol. 3. 1999, pp. 163-164.

[17SALA Adrienne, « Les sarakin et la construction du marché du prêt à la consommation au Japon depuis les années 1960 », Ebisu, 56, 2019, pp. 101-131.

[18DOURILLE-FEER Évelyne, L’économie du Japon, Paris, La Découverte, 1998, p. 46.

[19De nombreux investissements dans l’immobilier, alors point fort du pays, couplés à un pouvoir d’achat d’actionnariat à son apogée créent une euphorie spéculative sans précédent. Non seulement la Bourse de Tokyo devient la première du monde en termes de capitalisation mais les investissements japonais dans les grands groupes internationaux montent en flèche.

[20WOOD Christopher, The Bubble Economy : Japan’s Extraordinary Speculative Boom of the 80’s and the Dramatic Bust of the 90’s, Farmington, Solstice Publishing, 2005.

[21Les gains personnels d’Ishii étaient d’environ 2,3 milliards de dollars avant l’éclatement de la bulle, mais les gains annuels des yakuzas étaient estimés à 10 milliards de dollars au total par la police en 1988, 45 à 70 milliards par des chercheurs indépendants.

[22CHAMPEYRACHE Clotilde, La face cachée de l’économie, Paris, Alpha, 2019, pp. 342-343. FRIMAN Richard H., « The United States, Japan and the International Drug Trade : Troubled Partnership », Asian Survey, 31, (9), 1991.

[23VAUGHAN Michael S., HUANG Frank F. Y., RAMIREZ Christine Rose, « Drug Abuse and Anti-Drug Policy in Japan : Past History and Future Directions », The British Journal of Criminology, 35, (4), 1995.

[24FRIMAN Richard H., « The United States, Japan and the International Drug Trade : Troubled Partnership », Asian Survey, 31, (9), 1991.

[25HILL Peter B. E., The Japanese Mafia : Yakuza, Law and the State, Oxford, Oxford University Press, 2003, p. 144.

[26« 「ヤクザ」など対象、資産凍結 米が組織犯罪に新戦略 » [Les États-Unis gèlent les avoirs des Yakuza et d’autres cibles ; nouvelle stratégie contre le crime organisé], Nikkei, juillet 2011.

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